Je souhaitais explorer un format très codifié dans l’univers de l’affiche culturelle et éditoriale : un titre dominant en haut du cadre, un élément central unique qui attire immédiatement l’attention, et tout le reste — générique, détails, informations secondaires — trouvant sa place sans entrer en concurrence pour capter le regard. C’est un format doté d’une logique interne stricte, et travailler dans ce cadre impliquait d’accepter les contraintes plutôt que de les combattre. Le sujet semblait d’une simplicité trompeuse : des mandarines, un fruit, un objet du quotidien. Mais cette simplicité apparente du sujet contribue justement à rendre le format intéressant. Lorsque l’image centrale est familière, la conception doit redoubler d’efforts pour la mettre en valeur, pour qu’elle donne l’impression d’avoir été mûrement réfléchie et délibérée plutôt qu’arbitraire. Je me suis rapidement rendu compte que le véritable travail n’avait pratiquement rien à voir avec le fruit lui-même.
Dans Photoshop, j’ai utilisé un effet de seuil pour décomposer et aplatir l’image d’origine, en supprimant son aspect naturel pour la faire évoluer vers quelque chose de plus graphique et de plus construit. Des masques et des calques de bruit ont ensuite permis de réintroduire une qualité de matière — quelque chose qui se rapprochait davantage de l’encre sur papier que d’une photographie numérique, presque imprimé plutôt que rendu. Le principal défi consistait à faire en sorte que tous les éléments fonctionnent comme un tout cohérent : le titre dominant, l’image traitée, les choix typographiques, la texture de l’arrière-plan. Aucun de ces éléments ne pouvait être traité isolément — chacun influençait les autres, et trouver les bonnes relations entre eux a nécessité de nombreuses itérations. Plus que tout, ce projet a renforcé une idée à laquelle je reviens souvent : le design n’est pas avant tout une question d’ajout. Il s’agit de savoir quand ce qui est déjà là suffit, et d’avoir la discipline de s’arrêter avant que cela ne devienne trop.
L'inversion de la palette modifie complètement le registre de l'affiche. Ce qui était sombre et chargé d'encre devient clair et aérien : la mandarine traitée par effet de seuil se détache désormais sur le blanc au lieu de s'y fondre, et la planéité graphique de l'effet est perçue différemment lorsque le contraste est inversé. Même image, même structure, mais une surface complètement différente. Cela ne modifie pas le propos de l’original, mais cela permet de vérifier dans quelle mesure ce propos reposait sur l’obscurité — et la réponse est : dans une très large mesure.
