Je voulais tester un effet de flou, non pas comme un défaut à corriger ou une erreur à rectifier, mais comme le sujet même de l’affiche — un choix visuel délibéré destiné à rendre hommage à un artiste. L’idée était de résister à l’instinct de netteté, de résolution, de ce genre de clarté que le design recherche si souvent. Ici, le flou n’est pas une erreur. C’est justement le but recherché. Il y a quelque chose d’honnête dans une image qui ne se dévoile pas entièrement, qui garde quelque chose pour elle, qui invite le spectateur à se pencher vers elle plutôt que de tout dévoiler d’un seul coup. Il m’a semblé approprié d’utiliser cette qualité pour parler d’un artiste — les artistes, eux non plus, ne montrent que rarement tout. Ce projet m’a poussé à repenser ce qui fait le succès d’une affiche et à remettre en question certaines de mes idées reçues sur la lisibilité et le raffinement.
Dans Photoshop, j’ai superposé plusieurs effets — flou de champ, bruit, luminosité, postérisation, cristallisation —, chacun soigneusement choisi pour contribuer à l’ambiance générale sans altérer le flou de base que je cherchais à préserver. Le défi était réel et constant : chaque nouveau calque risquait de faire pencher la balance, en ajoutant de la texture, du grain et de la profondeur tout en conservant intacte la douceur au centre. Ce que j’ai finalement le plus apprécié dans cette affiche, c’est le travail sur les lettres : leur placement dans la composition, leur lisibilité partielle, la façon dont elles semblent émerger de l’image plutôt que de se superposer à celle-ci. Lorsque rien dans le cadre n’est vraiment net, le texte se comporte différemment. Il s’intègre à l’atmosphère plutôt que de constituer une information superposée à celle-ci. Trouver cet équilibre a nécessité une attention différente de celle habituelle. Et cela m’a clairement rappelé que chaque effet impose sa propre logique : on ne peut pas superposer n’importe quoi sans conséquence. Parfois, la décision la plus importante est le filtre que l’on choisit de ne pas appliquer.
En noir et blanc, le flou prend un caractère plus abstrait — il s'apparente davantage à un souvenir qu'à une image. Sans la couleur pour retenir le regard, les couches d'effets qui tendaient déjà vers la dissolution s'accentuent encore davantage, et la figure au centre de la composition s'estompe encore plus qu'auparavant.
