Pour cette carte postale, j’ai choisi de m’inspirer de l’actualité de cet été : les feux de forêt qui menacent les forêts françaises, en particulier ceux qui ont touché la région de la Gironde. Mon intention était de représenter la nature en proie aux flammes, tout en conservant les éléments traditionnels d’une carte postale et en les réinterprétant. Au centre de la composition, j’ai choisi de représenter une biche au milieu d’une forêt en feu, comme symbole de la faune directement touchée par les incendies. Avant de commencer l’œuvre, j’ai noté mes idées sur papier et réalisé plusieurs croquis préparatoires afin d’avoir une vision plus claire de la composition finale, des éléments à inclure et des techniques que je souhaitais utiliser.
J'ai choisi la biche en référence à une image qui m'avait particulièrement marquée lors de la couverture médiatique des incendies en Gironde : une biche avait été aperçue au cœur des zones touchées par les incendies. Cette image avait été largement partagée et avait fait l'objet de nombreuses discussions. Ici, elle symbolise donc la nature et les animaux directement confrontés aux conséquences des incendies, mais aussi une forme de vulnérabilité face à un environnement devenu hostile.
Je voulais que cette carte donne l’impression d’avoir réellement vécu les événements qu’elle raconte. Pour y parvenir, j’ai commencé par la tremper dans du café, puis je l’ai froissée afin de lui donner un aspect ancien, usé et patiné. L’idée était de suggérer qu’elle avait voyagé et qu’elle portait les traces de son périple. J’ai ensuite flambé les bords de la carte à l’aide d’allumettes et d’une bougie afin de créer un lien direct entre la matière de l’objet et son sujet : le feu. Pour représenter la forêt en arrière-plan, j’ai utilisé du fusain, dont la texture et les teintes évoquent le bois brûlé et les paysages après un incendie. À l’inverse, j’ai utilisé l’aquarelle pour représenter les flammes. Ce choix crée délibérément un contraste assez paradoxal : une technique associée à l’eau est ici utilisée pour représenter le feu. J’ai également utilisé de vraies feuilles pour créer les flammes. Je les ai découpées et légèrement remodelées pour accentuer leurs formes et leur donner davantage l’aspect de flammes.
Le contraste est un élément important de cette carte. Le timbre, aux couleurs plus froides, représente une vague et laisse entrevoir un soleil orange. Il évoque à la fois l’eau et le feu, créant ainsi un contraste avec l’image principale de la carte. Ce jeu entre les éléments, les couleurs et les techniques permet aux contraires de coexister : le feu et l'eau, la chaleur et le froid, la destruction et la vie.
J'ai utilisé les feuilles mortes restantes pour former les lettres du mot « Gironde ». En général, une carte postale porte le nom d'une ville ou d'une destination, comme Paris ou Marseille. J’ai choisi de bousculer cette convention en mettant, pour une fois, en avant un département, puisque la Gironde est directement liée aux feux de forêt de 2026 qui ont inspiré mon projet. J’ai ensuite peint les lettres en noir pour créer un contraste avec la texture organique des feuilles et rendre le mot plus lisible.
Pour le prénom de l’expéditeur, j’ai choisi Ignace, qui vient du latin Ignatius, traditionnellement associé à la notion de « feu ». Ce choix fait donc directement écho au thème des incendies, mais ce prénom remplit également une seconde fonction dans mon projet. Je souhaitais donner à l’expéditeur un côté enfantin et légèrement incrédule. L’idée est de illustrer la façon dont les enfants ne saisissent pas toujours immédiatement la gravité de ce qui se passe autour d’eux. Le personnage décrit ainsi une situation grave — une forêt en feu — avec une certaine naïveté, comme s’il n’était pas pleinement conscient de ce qui se passe autour de lui. C’est également la raison pour laquelle j’ai délibérément inclus des fautes d’orthographe dans le texte. Elles contribuent à ce côté enfantin et renforcent le contraste entre le ton presque innocent du message et la gravité du sujet abordé.
À travers cette carte postale, j'ai souhaité détourner un objet associé aux vacances, aux voyages et aux souvenirs pour en faire le témoignage d'un événement bien plus troublant. Chaque élément a été conçu pour faire écho au sujet : la biche pour représenter la faune, les feuilles pour symboliser la nature et les flammes, le fusain pour évoquer la forêt brûlée, les bords roussi pour incarner le feu, le café pour donner à la carte postale une histoire et un sentiment d’expérience vécue, et le nom Ignace pour créer un lien supplémentaire avec le thème. L’effet d’ensemble repose ainsi sur le contraste entre l’aspect presque enfantin et traditionnel de la carte postale et la gravité de l’histoire qu’elle raconte.