J’ai voulu adopter un registre un peu différent pour cet article — un ton plus léger, moins solennel, mais tout aussi réfléchi. Le sujet portait sur notre rapport aux écrans, ce réflexe quasi automatique qui nous pousse à prendre notre téléphone dès qu’un moment de pause se présente, cette façon dont nous avons perdu la capacité d’être simplement quelque part sans documenter, faire défiler ou combler le silence. C’est un sujet qui fait souvent l’objet de discussions sérieuses, voire moralisatrices, et j’ai délibérément voulu éviter cela. L’expression « toucher un peu d’herbe » fonctionne différemment : elle est familière, légèrement moqueuse, et elle a juste ce qu’il faut de mordant pour faire mouche sans donner de leçon. L’objectif était de créer un message qui pique un peu mais reste accessible, qui parle à tout le monde parce que chacun s’y reconnaît. L’inspiration m’est venue d’un moment tout à fait ordinaire : assis dehors, en regardant l’herbe, j’ai remarqué que les gens autour de moi avaient déjà le nez collé à leur téléphone. Parfois, ce sont les observations les plus simples qui donnent lieu aux affiches les plus percutantes.
Dans Photoshop, j’ai utilisé des effets de bruit, de cristallisation et de postérisation pour briser l’image et lui donner de la texture, puis j’ai orienté la palette de couleurs vers des jaunes et des verts chauds afin d’évoquer la lumière du soleil, le grand air, le monde physique qui existe au-delà de l’écran. Les choix de couleurs faisaient autant partie du message que le texte : la chaleur comme argument pour sortir. Cette affiche a pris forme plus naturellement que la plupart des autres, sans obstacles majeurs ni prises de décision interminables. Ce fut un exercice libre, de ceux où le concept et le visuel avancent de concert sans résistance, et où le processus s’avère aussi agréable que le résultat. Certaines affiches sont le fruit d’un travail acharné. Celle-ci m’a rappelé qu’une intention claire peut faciliter tout le reste.