L'amour, sans son symbole habituel. Pour cette affiche, j'ai voulu aborder la semaine de la Saint-Valentin autrement — non pas avec les images attendues, ni avec ce langage visuel épuré et rassurant que nous avons tous appris à associer à l'amour depuis notre enfance. Le point de départ a été cette idée un peu absurde, quand on y réfléchit : « là où les sentiments sont censés résider ». Nous associons tous les émotions et les sentiments au cœur, même si l’organe réel ne ressemble en rien au symbole que nous avons construit autour de lui. Ce décalage entre le réel et l’imaginaire m’a semblé mériter d’être exploré. Je voulais placer quelque chose de vrai, quelque chose de presque dérangeant, au cœur d’une fête qui se nourrit habituellement de douceur. Un cœur réaliste, presque à vif, à la place d’un joli symbole. Le fond noir ne fonctionnait pas : cela semblait trop évident, trop facile. Les essais en couleur ne m’ont pas convaincu non plus. Puis l’idée des traces de baisers m’est venue, et tout a basculé. Cela a créé une tension entre intimité et malaise qui semblait parfaitement adaptée au sujet.
Dans Photoshop, j’ai utilisé l’effet « posterisation », superposé avec soin de nombreuses textures pour obtenir un effet de papier froissé et de grain, puis j’ai procédé à des réglages de la balance des couleurs, de l’exposition et de la luminosité/du contraste afin de trouver l’ambiance souhaitée. La partie la plus complexe a été la typographie. Réussir un effet de vague sans perdre en lisibilité est déjà un défi en soi, mais la plus grande difficulté a été de créer un véritable dialogue entre deux polices très différentes : une police manuscrite et une police sans empattement épaisse. Ces deux polices ont des personnalités, des épaisseurs et des rythmes complètement différents. Les faire coexister sans que l’une ne domine l’autre a nécessité de nombreux allers-retours, des essais d’espacement, de dimensionnement et de placement. L’objectif était de créer une tension, et non une harmonie — mais une tension maîtrisée, où les deux voix se font entendre. Cette affiche ne cherche pas à définir l’amour. Elle le remet en question. Avec un visuel délibérément déroutant, loin de l’imagerie à laquelle les gens s’attendent lorsqu’ils pensent à la Saint-Valentin.
En cours
